La loi instituant la caisse de
prévoyance de l’Etat de Genève (LCPEG) soumise en votation le 3 mars
prochain s’inscrit dans le cadre d’une attaque généralisée aux
conditions de retraite du 2e pilier, dans le privé comme dans le public.
Dans le secteur privé, l’organisation
patronale suisse demande une nouvelle baisse du taux de conversion
pourtant massivement refusée par le peuple en 2010, une hausse de l’âge
de la retraite et une augmentation des cotisations.Le conseiller fédéral Berset propose d’uniformiser l’âge de la retraite à 65 ans et envisage d’abaisser le taux de conversion à 5,8%, ce qui entraînerait une baisse massive des retraites (pour un avoir du salarié de frs 500'000, la rente annuelle passerait de frs 35'000 actuellement à frs 29'000). Des « experts » prônent enfin l’augmentation de l’âge de la retraite à 68 ans !
Dans le secteur public, les 2 lois
fédérales votées par la droite en 2010 imposant, en pleine crise
financière, une recapitalisation des caisses publiques sont le fer de
lance de l’attaque contre les retraites des salariés de la fonction
publique. La LCPEG sur laquelle nous allons voter est directement
soumise aux contraintes de ces lois fédérales aberrantes.
La 1ère de ces lois fédérales
dépossède pratiquement les assurés de tout droit de contrôle sur leur
future caisse, donc sur leur argent car il s’agit de leurs salaires
différés.
La LCPEG supprime ainsi les statuts de la CIA et de la CEH au profit d’une loi qui peut être « détricotée » en tout temps, soumettant ainsi les conditions de retraite du personnel au rapport de force politique et à toutes les démagogies antifonctionnaires.
Le futur comité de la caisse sera encadré par des dispositions contraignantes lui enjoignant d’atteindre les objectifs de recapitalisation irréalistes fixés par les lois fédérales ; l’opacité de gestion est garantie avec une réduction drastique de la composition du comité, secret de fonction et menaces de poursuites pénales à la clé.
La 2ème de ces lois oblige toutes les
caisses publiques à accumuler toujours plus de capitaux, soi-disant
pour garantir les rentes, en réalité pour complaire aux banques et aux
spéculateurs qui placent cet argent sur les marchés financiers. Toutes
les caisses publiques doivent atteindre un taux de 80% de couverture +
15% de réserve pour fluctuations de valeurs d’ici 2052 (75%+15% déjà dès
2030) ! La droite fédérale a refusé de suivre les experts qui
estimaient qu’un taux de 60% était suffisant pour les caisses publiques.
Ces lois poursuivent 3 buts :
- Casser les systèmes mixtes comportant une part de répartition et de solidarité
- Faire une fleur aux banques confrontées à la crise financière
- Favoriser la privatisation des services publics.
Cela coûtera « les yeux de la tête »
aux cantons et aux communes. La droite qui a voté ces lois a beau se
plaindre du coût pour les contribuables, elle porte l’entière
responsabilité de cette situation. Elle s’efforce néanmoins d’en faire
porter au maximum la charge sur les assurés.
Les assurés, eux aussi contribuables, seront ainsi frappés deux fois. La LCPEG prévoit à ce jour – car la facture risque encore de s’alourdir – un coût de 6,4 milliards à charge de l’état et de plus de 8 milliards à charge des assurés qui paieront beaucoup plus de cotisations pendant plus longtemps pour recevoir moins de retraite. Alors qu'avec le système mixte actuel de la CIA et de la CEH, le coût d'un assainissement se situerait au maximum entre 300 et 500 millions pour l'Etat.
Aujourd’hui le système du 2e pilier
fondé sur la capitalisation est miné par la crise du capitalisme et
provoque une situation absurde : il exige toujours plus de fonds pour
« garantir » toujours moins de retraite. C’est une incroyable pompe à
finance pour alimenter un véritable tonneau des danaïdes.
Les fonds du 2e pilier en Suisse ne se montent-ils déjà pas à plus de 700 milliards, soit 120% du PIB suisse.
Face à cette situation il apparaît nécessaire et raisonnable de dire stop à un système qui nous emmène droit dans le mur.
D’abord en votant NON à la LCPEG le 3 mars
pour obliger l’état à renégocier avec les syndicats une répartition de
la charge financière moins lourde et plus juste pour les salariés.
Ensuite en s’organisant pour remettre en cause un système de 2e pilier aberrant et couteux basé sur une capitalisation à outrance qui fragilise les caisses au lieu de les sécuriser. Il faut dorénavant travailler à un nouveau système de retraite fondé sur un transfert du 2e pilier vers le 1er pilier AVS basé sur la répartition qui lui se porte bien. Ce devrait être un objectif pour toutes les forces progressistes de ce pays.
Jean-Pierre Fioux, ancien président du cartel intersyndical