C’est une bataille qui dépasse le bout du lac Léman qu’a engagée à Genève le SSP, contre la loi instituant la nouvelle caisse de retraite du personnel de l’Etat soumise au vote le 3 mars.
Décidée en 2007 dans le cadre de 166 mesures d’économie du gouvernement, la Loi sur la caisse du personnel de l’Etat de Genève a été adoptée par le Grand Conseil en septembre 2012.
En deux mots, elle obligera le personnel à cotiser plus et plus longtemps pour toucher moins. Globalement, il sera appelé à contribuer, par l’augmentation des cotisations, l’allongement de la durée du travail et la réduction des rentes, au financement de la nouvelle caisse à hauteur de presque huit milliards de francs en quarante ans, soit 159 millions par an.
Ainsi, si la LCPEG devait passer, on assisterait à des augmentations de cotisations comprises entre 150 et 350 francs par mois selon la classe de fonction, à des réduction de rentes de l’ordre de 500 à 1500 francs par mois et à l’élévation, de 60 à 64 ans pour le personnel hospitalier et de 62 à 64 ans pour les autres, de l’âge donnant droit à une retraite pleine.
Un test
Ainsi, au-delà de la situation genevoise, la votation du 3 mars aura valeur de test. Ce sera la première bataille engagée -après le vote fédéral sur l’âge de l’AVS des femmes- contre l’élévation de l’âge de la retraite, contre, donc, une des priorités au plan national d’economiesuisse, du parlement et d’Alain Berset.
En ce sens, l’issue du vote du 3 mars ne sera pas secondaire : ce sera un signal, soit de la capacité de résister des salariés, soit de la disponibilité à aller plus loin dans le démantèlement de la prévention vieillesse.
Cette volonté d’aller plus loin est d’ores et déjà affichée: par les banques et les compagnies d’assurance au plan national, mais aussi par le Parti libéral radical genevois qui a déjà annoncé le dépôt d’une loi de démantèlement encore plus poussée si le Oui devait l’emporter le 3 mars.
Mais pour cela, comme les ténors PLR l’ont claironné lors de leur assemblée du 10 janvier, il faut un premier pas, le 3 mars, avec l’aide des Verts, des socialistes et de certains syndicats. En effet, une fois levé avec leur bénédiction, «l’obstacle mental à une remise en cause des retraites des fonctionnaires», plus rien ne s’opposerait à l’élévation ultérieure de l’âge de la retraite, des cotisations et de la participation du personnel au financement du 2ème pilier.
A ce titre aussi, l’issue du vote du 3 mars à Genève aura une portée bien plus ample. Feu vert ou feu rouge à la loi, dans un cas comme dans l’autre, ce serait un encouragement au plan national : aux compagnies d’assurance et aux banques si le Oui devait gagner, aux salariés si le Non venait à l’emporter.
Une Loi fédérale en forme de hold-up
C’est d’autant plus important qu’un refus de l’électorat genevois pourrait servir de première remise en cause de la loi fédérale votée en décembre 2010 et qui oblige les caisses publiques à se recapitaliser à hauteur de 80 + 15% de leurs engagements.
Voulue par PLR, cette loi que l’USS, malgré une décision en ce sens de son Congrès de novembre 2010, a refusé de combattre, est un véritable hold-up. En effet, ce sont des immenses sommes que les affiliés aux caisses et les collectivités publiques viendraient à mettre à disposition des compagnies d’assurance et des banques qui gèrent les avoirs du 2ème pilier.
Renflouées en argent frais puisé dans les poches des contribuables et du personnel des services publics, ces dernières disposeraient ainsi des masses de capitaux dont elles ont besoin pour continuer à jouer nos salaires en bourse tout en rémunérant les actionnaires.
C’est d’ailleurs pour faciliter leurs gains réalisés avec l’argent extorqué à la population que banques et compagnies d’assurance essaient, avec la complicité du conseiller fédéral «socialiste» Berset, de réduire le taux de conversion du 2ème pilier, celui donc qui décide du montant des rentes, et le taux d’intérêt minimum qu’elles sont tenues de reverser aux caisses de retraite.
Choisis ton camps, camarade
Finalement, le vote du 3 mars représentera un moment de vérité pour un syndicalisme et des forces politiques qui hésitent entre l’acceptation du «moindre mal» résultant du «rapport de forces défavorable» -souvent érigé en justification de l’opportunisme- et un syndicalisme de lutte qui place les intérêts des salariés avant ceux des patrons et des carrières des bonzes syndicaux.
Un choix de classe et de lutte, en somme...
Paolo Gilardi
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