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| © TDG | Paolo Gilardi : Il faut construire un rapport de force pour pousser le Canton employeur à payer ce qu’il faut en prenant l’argent chez les millionnaires qui profitent de cadeaux fiscaux. |
Où va le Syndicat des services publics? Après de nombreux conflits avec le Canton, le syndicat est entré en dissidence avec le… Cartel intersyndical. La semaine passée, il a suspendu sa participation à la grande organisation des fonctionnaires.
Paolo Gilardi, le SSP est le moteur du Cartel depuis son origine. Il s’en retire suite au débat sur la fusion des caisses de pension CIA-CEH. C’est une marginalisation!
Le SSP veut avoir les mains libres pour lutter contre la fusion des caisses de pension publiques CIA-CEH. Une marginalisation? Oui, par rapport au Cartel et au Conseil d’Etat, pas par rapport aux fonctionnaires. Il faut rompre ce jeu pervers avec le Conseil d’Etat qui brandit la majorité de droite au Parlement comme un épouvantail pour faire passer ses réformes. Des concessions seront peut-être nécessaires, mais dans un premier temps en tout cas, il faut mener le combat et le Cartel ne doit pas faire barrage à leur mobilisation.
Le Cartel trahit ses membres?
Certaines composantes sont purement corporatistes et leurs responsables grimpent souvent dans la hiérarchie des départements. Quant au SIT, il est souvent fort éloigné des mobilisations… On l’a vu à Vessy ou à Swissport.
Mais c’est la loi fédérale qui contraint les caisses de pension à augmenter leur taux de couverture. Le Canton n’y est pour rien…
Premièrement, le Parlement fédéral impose des fonds propres de 19% seulement aux banques alors qu’elles font peser des risques énormes sur le pays. Mais les caisses publiques doivent respecter 80% alors que l’Etat est pérenne, ce n’est pas normal. Il faut construire un rapport de force pour pousser le Canton employeur à payer ce qu’il faut en prenant l’argent chez les millionnaires qui profitent de cadeaux fiscaux depuis des années. Nous commencerons cette mobilisation en septembre.
Pourquoi n’avoir pas lancé un référendum national quand il était temps?
Nous avons manqué d’appuis.
La baisse du nombre d’actifs, l’augmentation de l’espérance de vie, ces mutations de fond ne vous inquiètent pas?
En 48, les radicaux s’opposaient déjà à l’AVS pour des raisons démographiques! Et puis le rendement des cotisations est lié aussi au nombre d’emplois en Suisse et au niveau des salaires versés.
Allez-vous lancer cet automne un référendum cantonal contre la fusion de la CIA-CEH si le Parlement l’entérine?
C’est ouvert. Les membres des deux caisses sont opposés à la fusion, qui demande des sacrifices énormes. Car la fusion fera payer plus longtemps les membres et ils toucheront moins de prestations.
Et si le Parlement propose un plan plus dur pour remplacer celui négocié en vain avec le Cartel?
Quand j’entends le député PLR Pierre Weiss décerner des brevets de bonne conduite au Cartel, je m’inquiète! Les seuls syndicats qui ont gagné ces dernières années sont les syndicats de police. Ils se sont battus sans grands discours pour garder leurs acquis. Peut-être faut-il s’en inspirer. Sans réaction, la situation est certainement appelée à se détériorer encore.
ISS, Vessy, SPMI, le SSP soutient depuis des mois toutes sortes de conflits locaux. Quelle est votre stratégie?
Nous soutenons tous les mouvements sectoriels et nous gagnons des membres en tout cas. Car la coupe est pleine. Dans les années 90, les luttes ont été très dures. A droite comme à gauche, nous sommes restés groggy. Mais les coupes successives, les blocages répétés du personnel ont fait leur effet. Et aujourd’hui, le personnel surchargé n’en peut plus, d’autant que les acquis sont remis en cause.
| Interview de Paolo Gilardi par la Tribune de Genève, paru le 30 juin 2011
