
Il est choquant que le directeur de la caisse utilise cette image pour attaquer un syndicat représenté dans les instances de la CIA comme dans celles de la CEH. A travers notre syndicat, il s’en prend aux membres de la CIA affiliés au SSP ou qui lui font confiance.
Enfin, M. Comte foule aux pieds les principes démocratiques fondamentaux : selon la définition disponible sur internet, « le mouton noir » est celui « qui n’entre pas dans la norme et peut désigner une personne ostracisée pour cette raison (voir brebis galeuse) ». Avec son image, le directeur de la CIA exprime un refus de la pluralité des opinions au sein de la caisse et tend à fustiger toute position s’écartant de la « norme », en l’occurrence de la position du Conseil d’Etat.
M. Comte nous accuse d’être contre tout, contre la fusion et contre le projet de loi qui fixe les conditions de celle-ci. Mettons donc les choses au point : nous ne sommes pas contre la fusion en tant que telle, nous sommes contre les conditions de cette fusion, très éloignée des promesses faites au début des discussions. Pour les besoins de sa cause, le directeur de la CIA présente le projet de loi du Conseil d’Etat comme un événement historique, en vante la cohérence et entend mettre en évidence les « plus » et les nouveautés qu’il contient.
En réalité, ce projet péjore gravement les conditions de retraites du personnel : augmentation des cotisations des actifs (+ 30 à 45 % à l’horizon 2016 pour la CIA) ; réduction des prestations ( - 500 frs par mois pour une classe 15 à la CIA); élévation de l’âge de la retraite (+ 3 ans à la CEH, sauf pour celles et ceux au bénéfice de la pénibilité ; + 1 an à la CIA) ; prolongation à 39 ans de la durée de cotisation (+1 an à la CIA, + 1 an et demi à la CEH) ; réductions exorbitantes des pensions en cas de retraite anticipée ; diminution des pensions pour enfants et conjoints survivants ; rupture de la solidarité intergénérationnelle (les jeunes seront frappés de plein fouet : découplage de l’indexation des rentes et des salaires ; plafonnement de l’indexation des pensions).
Le SSP est peut-être isolé par rapport aux organisations qui ont accepté ce projet lors de négociations « verrouillées », le plan de financement du Conseil d’Etat ne pouvant être modifié qu’à la marge. Parler de « dures négociations » est donc abusif. Ces organisations ont d’ailleurs systématiquement refusé de convoquer une assemblée du personnel pour lui soumettre le projet. Par contre, le SSP n’est nullement isolé par rapport aux membres qui sentent bien qu’on les entraîne vers une régression majeure.
Parmi les buts du projet de loi, M. Comte évoque la nécessité de s’adapter aux lois votées en 2010 par les Chambres fédérales mais se garde bien de mentionner les effets qu’auront ces lois sur les conditions de retraite et les droits des assurés. La première contraindra, sans aucune nécessité (et contre l’avis des experts eux-mêmes), toutes les caisses publiques fonctionnant selon un système mixte capitalisation-répartition à augmenter fortement leur taux de capitalisation pour atteindre d’ici 2030 un taux de 75 % + 15 % de réserves (aujourd’hui 56 % à la CIA). Elles devront accumuler toujours plus de capitaux qu’il faudra rentabiliser à toute force sur les marchés financiers dans un contexte de crises financières chroniques, de ralentissement économique et de volatilité extrême du cours des changes. Ces lois qui profiteront exclusivement aux milieux financiers ; avec elles, les cures « d’assainissement » à répétition sur le dos des membres sont programmées.
La seconde loi fédérale supprime pratiquement tous les droits des membres sur la gestion de leur caisse, alors même qu’il s’agit de leurs salaires différés. Le comité de la future caisse aura pour seule fonction de tenir les objectifs d’augmentation du taux de capitalisation et de veiller à maintenir l’équilibre financier de la caisse sur cette nouvelle base, en adaptant les prestations en conséquence.
Enfin, le directeur de la caisse est muet sur l’injustice qui préside à la répartition de la charge de la recapitalisation : selon le plan du Conseil d’Etat, l’Etat ne participerait ainsi qu’à hauteur de 30 à 40 % à la recapitalisation, tandis que le personnel devra prendre en charge, sur la durée, de 60 à 70 % de celle-ci en termes d’augmentation des cotisations et de réduction de ses prestations. C’est inacceptable.
Notre syndicat formulera ses objectifs sur ce point à la rentrée et s’efforcera de mobiliser le personnel contre ce plan de régression.